Mâcher consomme une quantité d’énergie surprenante


Christophe Intagliata : Quand les paléoanthropologues déjeunent avec des biomécaniciens… eh bien, parfois, la conversation peut devenir assez technique.

Adam Van Casteren : Certains d’entre nous auraient des pommes de terre cuites et d’autres des salades crues… cela nous a fait réfléchir non seulement au temps qu’il faut pour passer à travers votre nourriture, mais dépense-t-il plus d’énergie que ceux qui mangent des aliments cuits.

Intaille : Adam van Casteren de l’Université de Manchester dit, heureusement, qu’il existe une machine pour mesurer cela. C’est une chambre transparente que vous glissez sur votre tête – ressemble à un casque d’astronaute. Et il mesure l’oxygène que vous inspirez par rapport au dioxyde de carbone que vous expirez… un indicateur de la quantité d’énergie que vous brûlez.

Intaille : Van Casteren et ses collègues ont demandé à 21 volontaires de s’asseoir dans cet appareil pendant 45 minutes, juste pour obtenir une base de référence sur leur métabolisme. Ensuite, ils leur ont donné de la gomme sans saveur à mâcher, pendant 15 minutes à la fois.

Van Casteren : Si jamais vous devez mâcher quelque chose pendant 15 minutes, c’est beaucoup plus long que vous ne le pensez. Et parfois, nous devions rappeler aux gens… ‘continuez à mâcher !’

Amandine Henri : “Et l’ennui est le point clé ici – comme si vous mâchiez du chewing-gum depuis trop longtemps et qu’il avait perdu sa saveur et que c’est juste ce truc… c’est ce que les participants mâchaient.”

Intaille : La co-auteur Amanda Henry de l’Université de Leiden aux Pays-Bas a expliqué que, plutôt que des pommes de terre cuites et des salades crues, ils avaient besoin de quelque chose sans goût ni odeur. Parce que tout ce qui est appétissant déclencherait une chaîne de réactions digestives. La salive et les sucs digestifs commenceraient à couler… et submergeraient les mesures métaboliques liées à la mastication.

Intaille : Et ces mesures étaient significatives – il s’avère que mâcher un chewing-gum a augmenté les taux métaboliques des volontaires de 10% au-dessus de la ligne de base. Une gomme plus rigide a accéléré le taux métabolique de 15 %.

Van Casteren : Une si grande différence sur un si petit changement dans les propriétés mécaniques du substrat de mastication est ce qui m’a ouvert les yeux et fait tomber ma mâchoire un peu sans jeu de mots.

Intaille : Et il dit que la dépense énergétique pourrait augmenter encore plus pour les aliments plus durs, comme les carottes, les noix et les graines. Les résultats sont dans le journal Avancées scientifiques. [Adam van Casteren et al, The cost of chewing: The energetics and evolutionary significance of mastication in humans]

Intaille : Maintenant, avant d’abandonner votre routine d’entraînement, gardez à l’esprit que mâcher des chewing-gums stimule le métabolisme à peu près de la même manière que si vous étiez devant un ordinateur… ou si vous lisiez un livre.

Henri: Ce n’est pas aller à la gym et soulever des poids, n’est-ce pas ? Vous ne construisez pas des muscles géants avec la mastication. Mais cela reste un processus qui peut consommer une grande partie de vos dépenses énergétiques pendant la journée.

Intaille : Et bien que les humains ne passent pas beaucoup de temps à mâcher… surtout compte tenu des aliments cuits et transformés que nous mangeons… je veux dire combien de temps faut-il vraiment pour mâcher une pépite de poulet ? Il n’en va pas de même pour nos cousins ​​primates. Les orangs-outans et les gorilles passent jusqu’à six heures et demie par jour à mâcher ! Et il est possible que nos ancêtres humains l’aient fait aussi.

Van Casteren : C’est quelque chose sur lequel la sélection naturelle peut travailler, elle peut changer la morphologie des dents ou l’architecture musculaire pour augmenter l’énergie que vous obtenez de votre nourriture et cela peut vous donner un avantage concurrentiel sur votre voisin qui est nul à mâcher ou quelque chose comme ça.

Intaille : Les chercheurs disent que le travail pourrait donner aux scientifiques une nouvelle lentille évolutive à travers laquelle interpréter les restes fossiles… en particulier les parties du corps les plus souvent laissées derrière… les dents et les mâchoires.

[The above text is a transcript of this podcast.]

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